Nouveaux remaniements
sous les Uttenheim
A une date indéterminée
située entre 1474 et 1503, le Kagenfels passe aux Uttenheim zu
Ramstein qui vont à leur tour y réaliser d'importants
remaniements. Le château va alors encore connaître au moins
deux importantes phases de construction.
Nouveau
schéma défensif à l'Ouest
Le château
se voit ainsi doté d'une nouvelle enceinte défensive (murs
H1 à H8
et G1 à G3)
venant doubler sur l'ensemble des fronts Nord et Ouest les enceintes
antérieurs. Dans le nouveau schéma défensif mis
en oeuvre, trois nouvelles portes (PA,
PB et PC)
viennent cloisonner le cheminement étagé vers le logis.
Dans l'enceinte externe est aménagée la nouvelle entrée
cochère du château (porte PA).
Les extensions réalisées définissent trois nouvelles
parties cours. A l'intérieur de ces nouvelles défenses,
le mur d'enceinte préexistant est alors doublé dans sa
partie Nord (F6) d'un
second mur (G1) qui
vient s'imbriquer dans l'angle formé avec la tourelle (TU).
Le mur G1
comprend la seconde porte (PB)
dont l'encadrement de grès portait les armes des Uttenheim
(de sable à la bande d'or). La porte a été intégralement
restituée en 2003 : partiellement conservée en élévation,
tous ses claveaux constitutifs excepté un ont été
exhumés lors des travaux de consolidation de 2002. L'encadrement
présente un arc en plein cintre, avec moulure externe en cavet.
La clé porte le blason, aucune date n'ayant été
relevée ici. La typologie de cette porte, formellemnt tardive,
plaiderait a priori pour le XVIème s. déjà, mais
n'exclue pas la fin du XVème s. La porte PB
est dans tous les cas une porte interne aux défenses et serait
ainsi de toute évidence contemporaine de l'entrée en basse-vour
(PA). Ceci signifie
que l'ensemble des murs G1
à G4 et H1
à H8 sont vraisemblablement
contemporains, pour des nécessités défensives évidentes.
La porte (PB)
était suivie d'une sinueuse rampe pavée permettant de
monter jusqu'à la cour supérieure située environ
3 m plus haut. Au regard des sondages réalisés, cette
rampe était composée de deux volées, la première
remontant vers la gauche, la seconde construite sur un mur de soutènement
incurvé (G4)
permettant après retournement d'atteindre le pied de la tour
palière. Un parapet maçonné aujourd'hui arraché
prévenait les chutes.
Au haut de cette
rampe, au pied de la tour palière, une troisième porte
(PC) a été
retrouvée ruinée, plus de la moitié des éléments
d'encadrement gisant à proximité. Il s'agit ici encore
d'une porte ogivale avec chanfrein externe à congé. Le
montant droit de cette porte (montant Ouest) était adossé
au mur d'enceinte externe (G1)
doublant le mur d'enceinte interne préexistant (F6)
qui a ici été dérasé et recouvert du dallage
de circulation habillant la rampe afin de disposer de la place nécessaire
pour implanter une porte. Son montant gauche est implanté contre
l'extrémité d'un mince mur (G5)
parallèle au flanc Nord de la tour palière et ménageant
un étroit passage vers l'enceinte supérieur Nord, barré
par la quatrième porte (PD).
Au Nord, la nouvelle
enceinte se prolonge sur le rocher en bordure du fossé (murs
G2 et G3)
jusqu'au contact de la tour pentagonale à l'Est. La réalisation
de cette extension Nord est contemporaine du rehaussement du remblai
interne de la fausse-braie Est et de la modification des entrées
dans les deux tours de flanquement à l'Est. Le mur qui fermait
jusqu'alors l'enceinte basse à l'Est (F3)
dans le prolongement du flanc Nord de la tour pentagonale est alors
dérasé et recouvert par ce remblai. Un mince muret (M2)
comprenant une petite porte barre l'accès à la petite
cour (couverte ?) Sud-Ouest, en contrebas de la tour TU.
Chemin d'accès
interne et ultime dispositif d'entrée du château
L'accès au
château se faisait à la fin de son occupation et sans doute
depuis son origine par un chemin montant au long du flan Sud, partant
de l'extrémité Sud du fossé. Un mur de soutènement
à flanc de rocher est conservé hors-sol au devant de l'entrée
(H8). Il a été
doublé dans un second temps (I3)
dans le but probable de contrer la poussée du remblai et éventuellement
d'élargir le passage devant l'entrée. Le chemin soigneusement
dallé a été exhumé sur une longueur de 2
m en contrebas du grand rocher au Sud. Le dallage témoigne d'un
élargissement du chemin préexistant.
L'ultime porte (PA)
a été découverte à l'Ouest ; son seuil est
encore encadré et le sol pavé en intérieur. Ce
dispositif d'entrée est réalisé au travers d'une
arête granitique de structure très accidentée, qui
a dû être aménagée malgré sa grande
dureté : le rocher a ainsi été nivelé pour
permettre le débattement de la porte vers l'intérieur.
On relève ici les traces du débitage de la roche, sous
la forme d'entailles destinées à l'insertion de coins
métalliques servant à fendre les blocs.
La plupart des éléments
d'encadrement de cette porte ont pu être retrouvés hors
sol sur la pente, jusqu'à plus de 150 cm en contrebas. Large
de 1,74 m à sa base, ses montants possèdent un bossage
externe, les claveaux des arcs formant ogive étant quant à
eux lisses. La base de la crapaudine est conservé in situ, la
porte s'ouvrant vers la gauche en entrant. Une belle chaîne en
fer scellée de plomb dans le rocher au Nord de la porte permettait
de la maintenir ouverte. L'encadrement en grès était enduit
d'un badigeon de chaux appliqué à la brosse, encore visible
sur l'intrados de trois claveaux. Deux blocs avec rails d'encastrement
de verrous à fléaux basculant de sections carrées
ont été retrouvés ; tous deux proviennent du montant
gauche de la porte.
La configuration
de la crapaudine présente un défaut conceptuel imputable
à l'étroitesse du passage disponible. Sa restitution montre
en effet qu'elle était vulnérable en partie haute depuis
l'extérieur, n'étant pas masquée par la feuillure
de la porte comme c'est habituellement le cas, mais dépassant
au-dehors par-devant le vantail en bois. Il était donc possible
de la faire sauter par un coup de masse bien placé, entraînant
la chute de la porte. Cette faiblesse a motivé une importante
mise en défense de l'entrée, sous la forme de plusieurs
bouches à feu. La forme de cette porte est comparable sur de
nombreux points à la porte arrière (Aeftertor) de la proche
enceinte de Boersch, tant au niveau de l'encadrement que de sa curieuse
crapaudine ovoïde.
Configuration
défensive de la porte
L'approche de la
porte PA était
couverte tout au long du chemin d'accès externe par des bouches
à feu, dont plusieurs éléments constitutifs ont
été retrouvés. Les éléments d'une
haute couleuvrinière (inv. ME)
proviennent ainsi des défenses Sud-Ouest (éventuellement
tour TO). Le linteau
curviligne d'une embrasure de tir de plan triangulaire (inv. MD)
provenant d'une meurtrière similaire a été retrouvé
une dizaine de mètres au-devant de l'entrée.
La défense
de la porte elle-même était assurée par un moins
deux bouchez à feu, dont les fragments très dispersés
ont été retrouvés sur la pente. Les deux dispositifs
de tirs monolithes reconstitués présentent des ébrasements
complexes correspondant à des configurations de tirs orientés
qui permettent de proposer la restitution de leur implantation. Ils
constituent les dispositifs de tirs externes d'embrasures de plan triangulaire
convergeant vers l'extérieur, aujourd'hui disparues. Leur conception
relève ici encore de formes architecturales du XVème s.
Un dispositif de
tir cruciforme orienté vers la gauche et légèrement
plongeant (inv. MA)
aurait ainsi permis la défense frontale de la porte, couvrant
le chemin d'accès depuis le côté intérieur
gauche de la porte. Un second dispositif de tir (inv.MB)
présente une configuration plus courante de fente de visée
verticale au milieu de laquelle s'insère un large orifice de
tir circulaire. Le tir désaxé vers la droite permettait
de réaliser le flanquement de la porte vulénrable. Un
fragment d'une troisième bouche à feu, très détérioré,
a été retrouvé, qui provient de la même zone.
Il est probable que le dispositif d'entrée comprenait un étage
avec parapet périphérique permettant aux défenseurs
de circuler au-dessus de la porte et d'en commander les abords. Il n'était
pas couvert, d'après les éléments recueillis sur
le sol de l'entrée.
Un fragment de pierre
datée (inv. DA)
et probablement armoriée surmontant à l'origine l'une
des portes d'entrée a été trouvé hors sol
en contrebas de cette porte (PA).
Il n'est pas certain qu'il provienne de celle-ci, ayant pu être
remployé brisé dans le soutènement du chemin précisément
au-devant de cette porte, bien que l'absence de traces de mortier mette
en doute cette hypothèse. Ses caractéristiques formelles
plaideraient pour une réalisation de la fin du XVème s.
1262 - Fin XIIIe-XIVe s. - 1430 - XVe s. - XVIe s. - Conclusion